Depuis que j'ai installé mon siège Bloon au cabinet, je remarque que ça intrigue. Les patients entrent, jettent un œil discret à cette balle recouverte de tissu qui trône derrière mon bureau, et finissent souvent par demander : "C'est quoi, ça ?"
C'est une bonne question. Et elle mérite une vraie réponse.

Le vrai problème, ce n'est pas de s'asseoir. C'est de ne plus bouger.
Quand on pense aux maux de dos liés au travail, on imagine instinctivement qu'il suffirait de "mieux s'asseoir" : le dos droit, les pieds à plat, l'écran de l'ordinateur à hauteur des yeux. C'est une partie de la réponse, mais c'est loin d'être suffisant.
Ce que la recherche pointe de plus en plus clairement, c'est le problème de l'immobilité prolongée. Une revue systématique publiée dans les Annals of Internal Medicine (Biswas et al., 2015) a montré que le temps passé assis sans interruption est associé à un risque accru de maladies chroniques, de mortalité cardiovasculaire et d'hospitalisations, y compris chez les personnes qui font du sport. Autrement dit, une heure de course à pied le soir ne compense pas huit heures d'immobilité dans la journée.
Santé publique France a confirmé ce constat en 2023 dans une revue de 28 études : les interruptions fréquentes du temps passé assis ont un effet bénéfique sur la santé, indépendamment du niveau d'activité physique global. Ce n'est pas tant la position assise en elle-même qui pose problème, mais la position assise statique et ininterrompue.
Ce que ça fait concrètement à votre colonne
L'Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) a documenté ce qu'il se passe biomécaniquement quand on s'installe dans une chaise classique : la posture assise conventionnelle provoque une rétroversion du bassin, qui entraîne à son tour une perte de la courbure lombaire naturelle et un étirement permanent des muscles paravertébraux.
En consultation, je vois les conséquences de ce mécanisme tous les jours. Des tensions lombaires, des blocages sacro-iliaques, des douleurs cervicales souvent liées à une position maintenue des heures durant. Ce n'est pas une fatalité liée à l'âge ou à la fragilité : c'est souvent simplement le résultat de trop d'heures sans mouvement.
Pourquoi une assise dynamique, et pourquoi le Bloon
Une étude publiée dans Applied Ergonomics en 2024 (Noguchi et al.) a comparé l'assise dynamique à l'assise traditionnelle sur des travailleurs de bureau. Résultat : l'assise dynamique augmente les micro-mouvements de la colonne vertébrale sans affecter négativement la posture lombaire, la douleur ou la productivité. Ce n'est pas spectaculaire, et c'est précisément pour ça que c'est intéressant. Il s'agit simplement d'un mouvement discret, continu, intégré naturellement au cours de la journée.
Une autre étude (Journal of Physical Therapy Science, Tanoue et al., 2021) a montré qu'une assise favorisant l'inclinaison antérieure du bassin et les micro-ajustements posturaux réduit l'inconfort lombaire par rapport à une chaise standard.
Le siège Bloon s'inscrit exactement dans cette logique. Ce n'est pas un ballon de gym posé sur le sol mais un siège conçu par un ostéopathe, avec une instabilité maîtrisée qui pousse le corps à s'ajuster en permanence, sans effort conscient. Le bassin reste mobile, la colonne garde une certaine tonicité, et les micro-mouvements s'enchaînent naturellement tout au long de la journée.
Ce que je recherche avec lui n'est pas une méthode de renforcement musculaire entre deux consultations. Il me permet simplement de ne pas rester statique.
Ce que ça ne remplace pas
Je préfère être honnête : le Bloon, ou l'assise active en général, n'est pas une solution miracle. Cela ne remplace pas les pauses actives, la marche, les étirements, ni bien sûr le traitement ostéopathique si vous avez déjà des douleurs installées. C'est un outil parmi d'autres, adapté à mon usage spécifique : rester concentrée et mobile lorsque je suis au cabinet.
Si vous êtes curieux·se de savoir si ce type d'assise pourrait vous convenir, c'est le genre de question qu'on peut tout à fait aborder en consultation. Chaque corps, chaque poste de travail, chaque douleur est différent.
Références
- Biswas A., Oh P.I., Faulkner G.E., Bajaj R.R., Silver M.A., Mitchell M.S., Alter D.A. (2015). Sedentary time and its association with risk for disease incidence, mortality, and hospitalization in adults: a systematic review and meta-analysis. Annals of Internal Medicine, 162(2), 123·132.
- Santé publique France (2023). Revue de littérature sur l'efficacité des interventions pour limiter la sédentarité en milieu professionnel. Agence nationale de santé publique.
- INRS · Institut National de Recherche et de Sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. Postures assises et troubles musculosquelettiques. inrs.fr
- Noguchi M., Zehr J.D., Tennant L.M., Fok D.J., Callaghan J.P. (2024). Traditional versus dynamic sitting: Lumbar spine kinematics and pain during computer work and activity guided tasks. Applied Ergonomics, 111, 104044.
- Tanoue H., Mitsuhashi T., Sako S., Inaba R. (2021). An exploratory study on the impact of static and dynamic sitting postures on lumbar and pelvic mobility during visual display terminal work. Journal of Physical Therapy Science, 33(5), 406·412.
